jeudi 9 octobre 2008

Bégaudeau défend BHL et les patrons voyous

J'étais convaincu que François Bégaudeau était un homme de gauche critique et intelligent. Depuis la Matinale de ce matin, je suis moins sûr.

Ca a commencé avec le nouveau titre d'Alain Souchon, "Parachute doré" (apparemment une chanson sarcastique sur les sommes faramineuses avec lesquelles certains patrons quittent une entreprise à laquelle ils n'ont pas forcément fait que du bien). Bégaudeau s'insurge : c'est trop facile, tout le monde est contre les parachutes dorés, "tout le monde est d'accord".

Etonnant argument. Faut-il se taire quand on est du bon côté de l'éthique ? Souchon devrait-il faire des chansons pour réhabiliter le viol pédophile, pour qu'on ne puisse plus dire: "C'est trop facile, Souchon, tout le monde est d'accord ?"

Et d'ailleurs est-ce que tout le monde est vraiment d'accord ? Les grands patrons, les gouvernants et les hauts fonctionnaires, souvent proches sociologiquement des grands patrons et aspirant souvent aux mêmes postes, sont-ils majoritairement contre les parachutes dorés ? Est-ce qu'il ne faut pas parfois prendre la parole avec la majorité du peuple contre une minorité qui lui nuit ?

Puis vient le moment ou Bégaudeau parle du livre d'entretiens Houellebeck/BHL. Et là c'est la catastrophe. Bégaudeau reprend avec approbation la défense de BHL contre ses détracteurs : ceux qui critiquent BHL seraient des êtres pitoyables, animés par de "tristes passions" - la colère, le désespoir, la jalousie... Autant de signes de faiblesse qui placeraient automatiquement BHL au-dessus de ses détracteurs. Cerise sur le gâteau : les nazis auraient été des gens comme ça, gouvernés par la peur et autres affects négatifs. Bégaudeau ne semble pas très loin de dire que ceux qui critiquent BHL achètent secrètement des képis nazis sur internet.

Il me semble que plusieurs auteurs ont démontré de manière convaincante que BHL était une baudruche jouissant d'un pouvoir, d'une influence, d'une notoriété totalement indues. Il use et abuse de ce pouvoir pour faire sa promotion et celle de ses amis, diaboliser ses adversaires et soutenir la politique étrangère des Etats-Unis et d'Israel.

http://www.amazon.fr/Une-imposture-fran%C3%A7aise-Nicolas-Beau/dp/2912485959/ref=pd_sim_b_3

http://www.amazon.fr/BHL-Une-biographie-Philippe-Cohen/dp/2213619034/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1223794281&sr=8-1

Critiquer cela serait donc le signe d'une soumission pathologique aux "tristes passions" ? Tant qu'on y est, pourquoi ne pas considérer tous ceux qui remettent en question l'ordre établi, les abus de pouvoirs, l'injustice, comme des malades mentaux (ou de petits nazis) ? Plutôt que d'écouter leurs arguments, faisons donc de la psychanalyse de comptoir et parlons de leurs frustrations, de leur jalousie, de leur oedipe non résolu, voire de leur crypto-nazisme.

François, ressaisis-toi !

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